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Des enquêteurs sur les traces de la vie "complexe"

Deux cent cinquante fossiles de macro-organismes, vieux de deux milliards d'années ont été mis au jour dans des roches gabonaises. La preuve de l'existence d'organismes pluricellulaires à cette époque reculée ? Une équipe internationale de chercheurs est sur le coup.

Deux fossiles gabonaisReconstruction virtuelle de la morphologie externe (à gauche) et interne (à droite) d'un spécimen fossile du site gabonais. Il a été trouvé dans des sédiments vieux de 2,1 milliards d'années.
© CNRS Photothèque / EL ALBANI Abderrazak, MAZURIER Arnaud

Dans des roches du Gabon, Abderrazak El Albani cherchait tout sauf des fossiles. Géologue au sein d'un laboratoire de l'université de Poitiers, son objectif était d'étudier les conditions climatiques passées. Et puis, c'était bien connu : des roches de 2,1 milliards d'années étaient bien trop vieilles pour contenir des fossiles. Surtout des fossiles visibles à l'œil nu ! C'est du moins ce qui était admis par la communauté scientifique...

Mais avec son regard curieux et ouvert, Abderrazak El Albani a osé sortir des dogmes et s'interroger sur la nature des 250 formes imprimées dans la roche. Ces motifs ne seraient-ils pas ceux de macro-organismes ? Peut-être même ceux d'animaux ? Pour le prouver, il s'entoure de 21 experts internationaux : des géochimistes, des minéralogistes, des paléontologues... Et mène l'enquête.

Vrais fossiles ou pseudo-fossiles ?

Deux dendritesDendrite, ou cristal ramifié en forme d’arbre. Souvent confondu avec des fossiles. Ils sont formés par des fissures qui se produisent naturellement dans la roche.
© Mark A. Wilson/dpt of GeologyThe College of Wooster.
Première étape : prouver la nature biologique des formes emprisonnées dans les couches d'argiles. Des minéraux peuvent prêter à confusion, et ressembler à s'y méprendre à un fossile. Et là, les chercheurs font mouche ! Des analyses géochimiques montrent la présence de cristaux de pyrite. Or ces cristaux, composés de sulfure de fer, se forment naturellement lorsque des bactéries se nourrissent sur des organismes morts. On les appellent d’ailleurs des bactéries sulfato-réductrices. Pourquoi ?  Parce qu'elles ''brûlent'' non pas de l’oxygène pour en tirer de l'énergie, mais des molécules de sulfates trouvées dans les océans. Des sulfates qui deviennent alors des sulfures.

Seconde étape pour les enquêteurs de la recherche scientifique : déterminer la nature de la vie qui a été transformée en minéraux. Colonie de bactéries ou macro-organismes ? Les bactéries sont certes des êtres vivants minuscules, formés d'une seule et unique cellule, mais elles s'agrègent parfois pour former des colonies visibles à l'œil nu.

Quelle preuve apporter ? Pas d'ADN à prélever sur un fossile. Un indice pourrait venir de la présence, ou non, de stérane, un élément chimique présent dans les membranes des cellules des animaux, des végétaux, des eucaryotes en général. Et absent de celles des bactéries – à quelques très rares exceptions près.

Or, merveille de la nature, lors de la formation des fossiles et de la transformation des sédiments en roche, les stéranes restent intacts. Il ne restait plus qu'à les chercher... Justement,  des stéranes sont décelés. Est-ce la preuve irréfutable que des êtres pluricellulaires vivaient, entre 30 et 40 m de profondeur sous l'eau, il y a plus de 2 milliards d'années, dans un océan qui commençait à se charger d'oxygène ?

Bientôt de nouvelles preuves ?

Certains chercheurs préfèrent rester prudents face à des roches si anciennes. Des stéranes ont déjà été trouvés dans des roches vieilles de 2,7 milliards d'années. Mais, des études plus récentes, réalisées par le même chercheur à l'origine de cette découverte, avaient montré que les stéranes étaient plus jeunes que la roche. Ils étaient venus s'y loger plus tardivement, à la faveur de la migration de fluides.

Mais Période EdiacaraSur cette illustration scientifique, des exemples de plantes et d’animaux de la période Ediacara, il y a 600 millions d’années. Jusqu’à aujourd’hui, cette époque était la référence en termes de vie multicellulaire.
© Jean Soutif/LookatSciences.
Abderrazak El Albani n'en démord pas. Et contre-argumente sur la forme, la taille et la diversité des 250 fossiles récoltés. Certains d’entre eux mesurent plus de 24 centimètres ! Et même s'ils présentent tous une forme radiale –  commune chez les colonies bactériennes –, la quinzaine de formes observables n'a rien à voir avec celles de colonies bactériennes connues.

Vous l'aurez compris, le débat ne va pas se clore dans les mois à venir. Et la moitié des 250 fossiles n’ont pas encore livrés leurs secrets ! Quoiqu’il arrive, un pavé a été jeté dans la mare de l'histoire de la vie.

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