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Florence Brunois, un rêve de forêt tropicale

  • Posté le : Lundi 23 Juillet 2007
  • |
  • par : G. Lahoreau

Le chemin qui a mené Florence Brunois à l'ethnologie est tout sauf rectiligne. Pour preuve, à 24 ans, elle "ne savait pas que l’ethnologie existait", et ne connaissait pas du tout les métiers de la recherche.

Portrait de Florence BrunoisPortrait de Florence Brunois
© Michel Legrand-Borderune

Issue d'une famille de juriste, elle suit après son bac des études de droit international "parce que mon père voulait que je fasse du droit." Mais ce métier ne s'accordait pas avec son tempérament désireux de "sauver le monde". Elle change alors de cap.

Ayant suivi en parallèle une licence à l'Institut français de presse (IFP), elle réalise des stages dans différentes rédactions. Casquette de journaliste sur la tête, elle s'envole à 23 ans pour Berlin, pour couvrir les prémices de la chute du mur. Elle travaille alors avec les jeunes d'Allemagne de l'Est, faisant "de l'ethnologie sans le savoir".
9 novembre 1989 : le mur tombe. Une nuée de journalistes débarque à Berlin. Rapidement, elle abhorre la superficialité de leur analyse, leur cynisme et finalement leur monde. Après le droit, c'est sa carrière dans le journalisme qui finit en impasse.

Florence se retrouve à la case "chômage". Un livre en sortira : Mœurs et sexualité en Océanie par Margaret Mead. Sous la plume de cette anthropologue américaine de renom, elle découvre "la diversité, l'intelligence, l'invention humaine et un formidable hymne à la différence." Portée par cette révélation, Florence reprend ses études. D'abord une licence et une maîtrise d'ethnologie à l'université de Nanterre et de Paris VII (mémoire sur l'insularité belliloise), puis un DEA à l'EHESS (École des hautes études en sciences sociales) sur "la non domestication du cochon au mont Bosavi (Nouvelle-Guinée)".

Mais au plus fort d'elle, c'est de la forêt tropicale dont elle rêve, c'est de suivre les traces de Margaret Mead en Océanie. Tenace, Florence multiplie les démarches et à 28 ans s'envole chez les Kasua, une ethnie de Papouasie-Nouvelle-Guinée. "Ma thèse consistait à comprendre les relations qu'avait cette petite tribu, d'environ 400 personnes, avec son environnement forestier." Celui-ci est vertigineux, se déclinant en une diversité de paysages, de faune et de flore entre 80 m et 2 000 m d'altitude.

Durant trois années, Florence "se desidentifie pour s'identifier à l'autre." Le retour n'en est que plus déchirant : "Il fallait enlever tous les Kasua que j'avais en moi." L'écriture de sa thèse mettra du temps à entrer en gestation. Elle la soutient en 2001. Deux ans plus tard, elle décroche un poste au CNRS pour développer l'anthropologie sociale au sein du laboratoire d'éco-anthropologie et ethnobiologie du Muséum national d'Histoire naturelle.

Aujourd'hui, Florence rêve "de faire reconnaître le pouvoir des animaux sur les savoirs locaux des hommes, d'instaurer la réactivité ethnologie-éthologie." Et à ceux qui s'imaginent plus tard ethnologue, elle donne quelques conseils : "Commencez par faire de l'ethnologie dans votre immeuble, interrogez vos voisins sur leurs rituels, réalisez la généalogie de votre famille. Portez aussi un autre regard sur le non humain : d'où vient cette plante ? Qui l'a planté ? Pourquoi ? Soyez ouvert et curieux de la différence !"

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