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Romina Aron Badin, les primates au coeur

  • Posté le : Lundi 21 Septembre 2009
  • |
  • par : A. Joseph

Au quotidien, Romina s'occupe de primates qui servent de modèles pour la recherche médicale. Elle veille sur eux mais surtout observe leur comportement face à la maladie : oeuvrer pour guérir des humains réclame parfois une détermination à toutes épreuves !

Portrait Romina Aron BadinRomina Aron Badin, comportementaliste
© CEA

"Bonjour, comment ça va ? Que veux-tu faire aujourd’hui ? Le jeu où il faut trouver la cacahuète cachée dans l’un des trois gobelets ? Celui où je te montre des cartes que tu dois reconnaître ? Mais dis donc, tu t’es levé du pied gauche ?"

Tous les matins, Romina passe saluer chacun des dix singes dont elle s’occupe. Ils ont besoin d’une attention qu’elle ne saurait leur refuser. Car un singe de mauvais poil peut biaiser les résultats du projet scientifique qu’elle a en charge. Et s’il refuse de coopérer, on ne peut pas le contraindre. Voilà de quoi mettre les points sur les i : "Une structure scientifique où les singes sont maltraités est la garantie d’obtenir des résultats scientifiques incertains. La provenance des animaux est également très importante si l’on veut s’assurer de leur état psychique," explique la spécialiste.

Romina est une trentenaire de caractère, fine et raffinée. À 18 ans, elle quitte sa famille restée en Argentine pour faire ses études de biologie en Angleterre. Sans raison particulière, elle a décidé d’aider les personnes atteintes de maladies génétiques. Très vite, les maladies neurodégénératives (Parkinson, Alzheimer, Huntington, sclérose en plaques) deviennent son cheval de bataille. Lutter contre ces maladies, c’est tester des traitements médicaux. Or, l’un des meilleurs modèles pour ces tests sont les primates car leur fonctionnement est très proche du nôtre (structure du cerveau, coordination des mouvements, etc.).

"Un traitement déjà opérationnel sur les rongeurs doit être testé sur les primates avant de passer en essai clinique sur des humains, explique Romina. On a donc de vraies responsabilités envers les hommes." Choisir les singes qui travailleront avec elle revient quasiment à un entretien d’embauche : il faut qu’ils soient en bonne santé, équilibrés, joueurs et coopérants.

Ses dix singes sous le coude, elle peut entamer le projet : dans son centre de recherche préclinique, MIRcen, situé dans les nouveaux locaux du CEA à Fontenay-aux-Roses, elle leur injecte une molécule chimique provoquant les mêmes dégâts que la maladie traitée ; elle observe ensuite leur comportement moteur et cognitif pour vérifier qu’ils ont bien développé les symptômes de la maladie (tremblements, perte de coordination des mouvements et de la mémoire, etc.) ; elle leur donne le traitement médical et en observe l’impact. Quels sont les effets secondaires ? Est-ce que l’animal guérit ? À la fin du traitement, l ‘animal est euthanasié pour qu’on puisse autopsier son cerveau et confirmer ainsi ce que Romina a remarqué dans le comportement.

Voilà pour la description technique. Sauf qu’il ne s’agit ni de cellules in vitro, ni de rongeurs, mais de primates… Des animaux qui nous ressemblent tant qu’on s’y attache facilement. Surtout lorsqu’on passe deux ans à les bichonner, temps moyen d’un traitement. "Il y a une période aigue où le singe peut perdre une partie de son autonomie, son appétit, dans certains cas être dépressif," raconte la comportementaliste. Au bout de trois semaines, il reprend du poil de la bête. Mais pour cela, Romina reste à son chevet pour le nourrir, le faire boire, lui parler, lui mettre de la musique,… La plupart de ses week-ends y passent. Elle ne compte ni le temps ni l’investissement émotionnel.

Repérer un singe contrarié, comprendre qu’il a juste envie qu’on s’occupe de lui, ou au contraire, qu’on le laisse tranquille, distinguer celui qui est jaloux et le consoler, tout cela n’est pas inné ! "Je passe beaucoup de temps avec eux pour mieux les connaître et déceler facilement leurs changements d’humeur." La comportementaliste "aime tant la relation qu’elle a établie avec eux" qu’elle aimerait bien jouer sur le terrain des primatologues le temps d’une pause. Deux ans peut-être. "Le risque, dit-elle, c’est que je ne revienne jamais…"  

Ce qui la fait tenir ? La perspective de trouver un jour l’antidote pour les centaines de malades. "Du point de vue des résultats scientifiques, les primates sont tellement plus significatifs que tout autre modèle... Si l’on trouve un traitement, je serai alors soulagée car la mission des singes aura servi à quelque chose."

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