logo Essonne logo Banque des Savoirs

L'Espéranto : épopée d'une langue "universelle"

A la fin du XIXe siècle, un jeune médecin invente une langue qui doit permettre à tous les citoyens du monde de communiquer entre eux. Baptisée Espéranto, cette langue compte, aujourd’hui encore, d’innombrables partisans. Quelques informations utiles avant de prendre vos premiers cours...

La langue espérantoLa diversité des langues est parfois présentée comme un frein à la communication entre les peuples. L'esperanto pourrait-il permettre à tous les hommes de se comprendre ?
© Image Source / Getty

La Bible raconte qu'autrefois les hommes parlaient tous la même langue. On imagine combien les relations étaient plus faciles, moins tourmentées … Mais un jour, les hommes voulurent ériger à Babel une tour s'élevant jusqu'au ciel. Pensaient-ils atteindre les cieux et le royaume de l'au-delà ? Quoiqu'il en soit, il n'en fallait pas plus pour courroucer Dieu qui perçu dans ce geste l'un des sept péchés capitaux : l'orgueil. Pour punir les hommes, il leur fit parler différentes langues ce qui les empêcha d'achever leur projet.

Nous sommes maintenant en 1879. Inspirée par les textes bibliques, une poignée d'érudits caresse le rêve de construire … non pas une tour de Babel, mais une nouvelle langue, "universelle" ! Une langue qui permettrait à tous les hommes sur Terre de se réunir, de se comprendre enfin. Ainsi naquit le Volapük (Vol désignant le monde et pük la langue). En moins de dix ans, cette langue compte plus de 100 000 adeptes dans le monde. Mais l'histoire n'en reste pas là… On se bat pour en faire davantage : tentatives de réformes et projets concurrents se multiplient. L'un d'entre eux, l'Espéranto, finit par s'imposer.

"Mi parolos, ni parolis, vi parolas,… : Je parlerai, nous avons parlé, tu parles,...". Agé de 28 ans, Louis Lazare Zamenhof récite ses déclinaisons. Nous sommes en 1887, dans l'actuelle Pologne. Ce jeune ophtalmologiste vient de publier sous le pseudonyme de "Docteur Espéranto" (docteur qui espère) un manuel de "Langue Universelle". Comment diable Zamenhof a-t-il pu construire une langue de toute pièce ? Tout d'abord, resituons le personnage : très jeune, il parle déjà trois langues, le polonais, le russe et le yiddish. Fils de linguiste, il se passionne pour les langues et apprend très vite le français, l'allemand et le latin. Naturellement, c'est dans les langues qu'il maîtrise déjà, dites indo-européennes, que Zamenhof puise le vocabulaire de la langue qu'il invente, l'Espéranto. Le drapeau espérantoL'espéranto n'est pas un pays, mais ce "drapeau" est un symbole pour permettre aux espérantophones de se reconnaître entre eux. L'étoile à cinq branches symbolise les cinq continents et la couleur verte l'espoir.
© Gabbe / Wikimedia
Ensuite, il établit une grammaire calquée sur le Japonais et le Turc, qui sont des langues dites "agglutinantes" : à la manière d'un jeu de Légo, les mots se forment en assemblant entre eux des éléments basiques et invariables. Résultat : l'Esperanto ne compte aucune exception grammaticale et pas plus de 16 règles de grammaire. Chapeau ! Zamenhof est parvenu à ses fins : créer une langue qui s'apprend facilement pour permettre à l'humanité d'avoir un langage commun.

Revenons maintenant à l'an 2007 … quelles sont les traces laissées par l'Espéranto ? A Viry-Châtillon, nous avons trouvé un espérantophone (il parle Espéranto) et espérantiste (il adhère aux valeurs d'humanisme et d'universalisme du mouvement Espéranto) pour témoigner. En moins de trois ans, seul sur internet, Guillaume Harmide a appris à maîtriser cette langue internationale sur laquelle il ne tarit pas d'éloges : "Indépendamment de ses qualités linguistiques remarquables, l'Espéranto me passionne car c'est une langue qui a déjà des millions de locuteurs".

Difficile de cerner le nombre exact d'espérantophones, mais en France comme ailleurs, des espérantistes continuent à se mobiliser pour diffuser leur langue. Leur souhait ? Faire adopter l'Espéranto comme langue officielle par des institutions internationales telles que l'Union européenne ou l'Organisation des Nations Unies. Idée utopique ou réaliste ? Un spécialiste répond. Linguiste et directeur de recherches au CNRS, Bernard Victorri note avec malice que si l'Espéranto devient une langue maternelle, il aura son histoire, son évolution, et à termes, ses exceptions, ses particularités locales, ses dialectes, etc. Auquel cas, l'Esperanto ne perdrait-il pas sa vocation : être une langue universelle ?