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Les abeilles cyborg arrivent !

Des puces électroniques sur le dos d'abeilles, de la science-fiction ? Absolument pas. C'est même l'un des moyens qui devraient aider les chercheurs à résoudre l'énigme de leur disparition.

abeille équipée d'une puce, posée sur fleur Abeille équipée d'une puce, posée sur fleur.
© ACTA

Des puces sur le dos d’abeilles, oui, mais pas n’importe quelles puces ! Pas celles qui poussent nos amis les chiens à se gratter, mais plutôt celles qui ressemblent à de petits circuits électroniques. En jargon d’informaticien, on les appelle des RFID pour "identification par fréquence radio". Plus simplement, il s’agit de mini-badges qu’on colle sur les choses pour pouvoir les identifier plus tard et à distance avec un appareil communiquant par ondes radio.

D’habitude, on met plutôt ces puces électroniques sur des produits comme des cartons de livres, afin de les suivre tout au long de la chaîne de distribution : de l’usine où les livres ont été fabriqués jusqu’à la librairie qui les vend.

Mais des chercheurs de Toulouse ont fait plus fort : ils ont réussi à équiper des abeilles avec des puces RFID. L’objectif : étudier les allées et venues des insectes à la ruche. Terminator et autres robots faits de chair et de métal sont dépassés… Les abeilles cyborg débarquent !

Comment voyager léger ?
Pose d'une puce RFID sur une abeilleMise en place d’une puce RFID sur une abeille.
© ACTA
Monter des puces RFID sur des abeilles était un défi à cause du poids plume de ces dernières : seulement 100 mg ! Dès lors, pas question d’harnacher les abeilles avec des puces RFID habituelles, même de taille réduite, elles pèsent plus de 1 000 mg. Les insectes n’auraient jamais réussi à décoller.

Monique Gauthier et ses collègues du Centre de recherches sur la cognition animale (université Paul Sabatier de Toulouse) ont trouvé la solution auprès d’un fabricant de RFID. Cette entreprise a conçu spécialement pour eux une puce de la taille… d’une puce ou presque. Avec ses deux millimètres de longueur, la puce RFID miniature ne pèse que 2 mg. Bref, avec elle, les abeilles peuvent voyager léger.

Et ça se fixe comment une puce RFID sur le dos d’une abeille ? Grâce à de la colle. Il a fallu plusieurs essais. Les chercheurs ont même testé un ciment dentaire, mais il alourdissait les insectes. Tout compte fait, les meilleurs résultats ont été obtenus avec… de la glu liquide de bureau ! Légère, elle est en plus inoffensive pour les abeilles, contrairement à d’autres colles qui contiennent de l’arsenic, un poison.

Au final, voici la technique pour fixer une puce RFID sur des abeilles qui, elles, ne sont pas inoffensives : on les endort en les refroidissant, on en saisit une dans une sorte de petite cage, un brin de colle et le tour est joué. Ah oui, un petit conseil encore : mieux vaut s’armer de patience. 30 000 à 40 000 abeilles logent dans une ruche. Si les scientifiques n’ont pas doté de puces RFID toute la colonie de leur ruche expérimentale, ils en ont tout de même équipé 400 habitantes.

Le largage des abeilles

Lâché d'abeillesLâché d'abeilles.
© Hans Huber / Getty Images
Été 2008. À proximité de l’université toulousaine, les champs sentent bon le tournesol et le colza. Premier test grandeur nature : les chercheurs ont placé un détecteur de puce RFID sur leur ruche. À chaque entrée et sortie d’une abeille marquée, le détecteur devrait émettre un bip enregistré par un ordinateur. Pleine d’appréhension, l’équipe de Monique Gauthier relâche ses abeilles dans la ruche. Reverra-t-elle ses insectes ? Les ondes radio ne vont-elles pas perturber les abeilles ?

Deux mois plus tard, les scientifiques ont retrouvé le sourire : sur les 400 abeilles, ils ont pu suivre tout au long de l’été les allées et venues de 60 d’entre elles, qui correspondent aux sorties quotidiennes de butinage. Les 340 autres abeilles se sont soit perdues lors de leurs voyages - hé oui les têtes en l’air sont nombreuses -, soit ne sont pas passées assez près du détecteur pour être repérées. Soixante c’est peu, mais ça suffit à Monique Gauthier pour valider la méthode : les abeilles cyborg ont désormais quitté le laboratoire pour habiter le vrai monde !

Des disparitions à élucider…

Illustration – Colonie d'abeillesMais que deviennent les colonies qui disparaissent ?
© iStockphoto
Mais au fait, pourquoi des abeilles cyborg ? Pour élucider la disparition des abeilles. Depuis le début des années quatre-vingt-dix, leurs populations régressent en Europe. Un des coupables présumés : les pesticides utilisés par les agriculteurs. Si certains pesticides qui étaient fatals aux abeilles ont été interdits, on ignore encore le mode d’action de ces produits chimiques.

L’absence de cadavres d’abeilles au pied des ruches laisse penser que les abeilles disparaissent parce qu’elles ne retrouvent pas le chemin de la ruche. Autrement dit, les pesticides perturberaient leur sens de l’orientation.

Mais ce n’est qu’une hypothèse. Monique Gauthier va la mettre à l’épreuve l’été prochain avec ses abeilles bioniques. En plaçant des boîtes contenant du pollen contaminé par des pesticides près des ruches, elle va chercher à vérifier si les abeilles rateront le retour à la maison. Un oui à cette question montrera que les soupçons sur la perturbation de l’orientation sont fondés.

Si vous allez en vacances dans la région toulousaine l’été prochain, gardez-vous d’écraser des abeilles, ce seront peut-être des cobayes de laboratoire !


A RETENIR

  • Puces RFID : puces d'identification par fréquence radio, que l'on colle sur les choses pour pouvoir les identifier plus tard et à distance avec un appareil communiquant par ondes radio.
  • Des chercheurs ont réussi à construire une puce RFID miniature pour les abeilles.
  • Une ruche contient jusqu’à 40 000 abeilles, 1% d’entre elles ont été dotées de puces RFID.
  • L’objectif de cette enquête est de comprendre pourquoi les populations d’abeilles régressent.